I. Le Sacre
Je me rappelle la dernière phrase de mon Père comme d’un tournant dans ma vie. Elle résonne toujours à mes oreilles comme un ordre imprescriptible, celui qu’un Père donne à sa fille, de continuer à vivre après sa mort.
La relation fusionnelle que j’entretenais avec Kearney le Champion, s’étendait au delà de la relation entre un parent et un enfant. Au milieu de notre Cour, de nos conseillers, de nos nourrices, de nos fous, de nos nobles, de nos sujets, nous restions seuls. Ce lien étrange s’est crée dès ma naissance, ma mère m’offrit la vie de sa mort, mon Père n’avait plus que moi, et en tuant ma mère, je n’avais plus que lui.
Le choc de ma solitude se fit lorsque le médecin de mon Père, me prit le bras, et me dit : « Relevez vous ma Reine ». Agenouillée au côté du lit Royale de mon Père, dans ma robe de soie verte, mon diadème posé sur mes cheveux souples, la main agrippée à celle du Souverain, les yeux noirs de larmes, je me refusais à ce titre, aux responsabilités qui allaient avec et surtout, au fait que si je le portais, cela voulais dire que mon Père n’était plus.
Je prenais néanmoins mes nouvelles responsabilités en main, me disant que m’occuper d’un aussi vaste Royaume que celui qui était désormais mien, tuerait une partie du temps pendant lequel je penserai à celui qui m’offrit la vie.
Mon sacre se fit dans l’après midi même de sa mort, je devais devenir Reine avant de mettre mon prédécesseur en terre. Et lorsque je me mettais à genou devant le prêtre de Plunooth, afin de me faire bénir par
Je prenais le sceptre Royale que me tendait le prêtre, en regardant sur le côté, ceux que je considérais comme les derniers membres de ma famille, mon garde personnel, Alec, Capitaine de mon Armée, futur Conseiller Royale, et ma Cousine du pays Ishinkeru, Lumare, venue me présenter ses condoléances.
Je me retrouvais devant un peuple qui ignorait tout de moi, et dont j’ignorais tout, mes yeux, aux pupilles argentées et non brunes, à cause de la présence de ma Cousine, regardaient ce peuple, me faire révérence, cachant son visage sur les dalles sales et froides des rues de Lancre, j’avançais jusqu’au bord de la terrasse du château Royale*, où avaient lieux les sacres et les déclarations publiques, et attendis que mon peuple « mon peuple » se relève et me fasse face. De longues secondes s’écoulèrent, puis les gens se relevèrent, me regardèrent, ma couronne d’argent sur la tête, mon diadème de diamants dans une main, le sceptre dans l’autre. Peut être attendait il un discours, ce peuple qui me découvrait aujourd’hui, peut être voulait il savoir qui était cette jeune fille, devant eux, qui prenait la succession du plus grand Rois de
« Tous se rappelleront la montée sur le Trône de
Tout un mystère entourait l’Héritière et le fait qu’elle n’ait pas dit un mot rajoutait à l’intérêt de son peuple, la présence de l’Impératrice et du fils de l’ancien Premier Conseiller Royal de feu le Roi Kearney avait aussi joué un rôle.
Le peuple n’avait jusqu’alors jamais vu l’Héritière, feu le Roi Kearney ne l’avait jamais exposé à son peuple, la gardant au château, après les guerres civiles de religion et la montée des temples, il n’y avait plus rien de bien passionnant à raconter ou pour colporter des ragots en Occidents, en dehors des mots de voisinages et autres banalités. Mais
Hect
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